May, Habana / 200 € à 500 €

Nous étions au mois de mai 2017. Il y avait eu la levée de l’embargo, puis Trump… Une fois mon travail de création avec ces vieilles voitures incontournables terminé, je pensais être libre d’inspiration à travers toute l’ile. La situation du pays en a décidé autrement. C’était un lieu à deux vitesses, à deux monnaies. Ma production, version sac à dos, ne collait pas avec le signe « $ » que j’avais pour empreinte sur le front. Je suis donc restée tout mon séjour à la Havane.
Dès les premiers jours j’ai ressenti une colère silencieuse dans le cœur des Havanais. Pas celui de ceux qui multiplient les dollars avec leurs restaurants ou voitures anciennes grimées par un vert pomme « granny » ou encore une couleur fraise version « Hello Kitty » pour ravir le touriste, je pense à tous les autres, ceux qui continuent à acheter leur nourriture dans les magasins de rationnement. 3 rayons pour le rhum Havana Club sinon une seule marque de riz, idem pour les pâtes, un seul tube de dentifrice, un seul savon etc… Tout est disposé derrière un comptoir tenu par les vendeuses ou vendeurs. Ils vous servent à la demande, beaucoup de doigts tendus pour être servi ou pour montrer. Les gens parlent fort pour se faire entendre. Pour les plus modestes, les plus nombreux, comment ne pas être en colère contre ceux qui les ont privés de tout pendant 70 ans et qui, maintenant, après seulement 2h30 de bateau, débarquent, un t-shirt à l’effigie du Che sur leur ventre rebondi, se comportant avec une inélégance crasse. Je fais une généralité parce que, sous mes yeux, c’était une généralité.
J’ai choisi de photographier cette cité colorée en noir et blanc, parce qu’elle m’est apparue trop maquillée, paradoxalement. Je l’ai vécue en noir et blanc, avec profondeur, jusque dans ses ruelles les plus reculées où les regards méfiants ont cédé la place à des signes de bienvenue.
Les sourires avaient repris leurs droits, entre nous.

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