Habana's Old Cars / 1300 € à 1800 €

J’étais arrivée la veille à La Havane, installée chez l’habitant. Je ne parle pas espagnol. Ne pas parler avec les mots d’une ville oblige à l’immersion dans ses bruits, ses odeurs, ses couleurs et la vie de ses rues, vierge du sens de toutes les paroles que l’on peut entendre. Seuls les gestes, les expressions d’un visage et les sourires vous guident…
Avant même de quitter Paris, par des amis, j’avais déjà une douce pression sur le travail que je réaliserais sur les vieilles voitures américaines et russes de la Havane. Depuis les années 50, elles apparaissent dans les centaines et centaines de photographies prises à Cuba. Elles sont devenues incontournables et universelles, un emblème. L’exercice serait difficile ; un sujet « marronnier » comme l’on dit. Il fallait que je m’en libère le plus vite possible. Deux jours d’errance dans les rues et rien ne venait. Mes quelques dix ou quinze photos à la journée me paraissaient inintéressantes et démoralisantes. J’étais très ennuyée de les voir ainsi « maquillées » de rose et de bleu version Disneyland pour le touriste. Comment leur redonner un peu leur âme ? Le troisième jour, mon regard se pose, enfin, sur des lignes au loin, au fond d’une rue. Pas à pas je me suis approchée de cette vision. Pas à pas je sentais la confiance revenir… J’avais trouvé le tableau qui serait leur écrin, sur ces quelques mètres linéaires du Malecón. Tableau où j’attendrais le passage de mes « modèles roulants » au gré de leur envie ! Dans une heure et demi, il serait midi ! Je jouerais alors à dompter cette lumière zénithale dont l’effet de paralysie sur le temps et le mouvement est immédiat, pictural.
Le soleil de la Havane était sec et rude à la mi-journée. Postée sur le trottoir à plusieurs mètres de leur route, campée en équilibre sur une modeste pierre pour voir et avoir cette ligne bleue de la mer, indispensable, je les ai photographiées comme personne ne l’avait fait.

Un extrait de cette série a été exposé en installation monumentale, par des tirages de 2 x 3,50 m sur plus de 500 mètres linéaires. Par son accroche sur les murs des quais de Seine et ses jeux de lignes, une partie du Malecón, boulevard mythique de la Havane, a été recréé visuellement quai Aimé Césaire, face au Musée d’Orsay au pied du Louvre, à Paris. L’exposition a duré de septembre à décembre 2019 avec prolongations sur Janvier 2020, suite à son succès public.

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